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jeudi, mars 08, 2007

Se faire son cinéma

Il faisait pourtant beau ce jour-là en Alcoolie, mais Pete n'avait pas soif. Congé pour son chum le foie, le repos du guerrier. En ces jours rares de bonne mauvaise conscience, Pete s'abstenait bien sûr de boire et pouvait manger jusqu'à trois repas. Pas mal en considérant que c'était déjà deux, voire trois de plus qu'à l'habitude.
Il se surprit à sourire en pensant qu'aujourd'hui il passerait peut-être par la fruiterie, puis se mit à rire franchement, se disant qu'il y achèterait peut-être même un fruit.
Il riait, sobre. La journée commençait décidément bien.

Mais la fruiterie était à trois coins de rue. Il fallait d'abord surmonter l'obstacle du premier coin de rue, le petit dépanneur Binette où pour dépanner on ne vendait que les denrées de base : chips, bières et cigarettes.
Il y parvint sans trop de mal, une pancarte sur la porte annonçait "De retour sous peu". La pisseuse à la caisse étant probablement partie pisser.
Venait ensuite la montagne du second coin de rue, la Luette en Colère, ce bar à mites où dire qu'il avait ses aises s'inscrivait comme un borborygme dérangeant dans un congrès d'euphémistes. Pas facile, surtout un lundi avec Johanne au bar... hmm, son sourire, ses seins, son cul, sa boboche, sa bibine, sa piquette, sa bière...
Argh, non, fais pas l'con Pete, pas aujourd'hui, jura-t-il en regardant de l'autre côté de la rue alors qu'il passait devant la Luette. C'est là qu'il remarqua le nouveau commerce, remplaçant la vieille charcuterie : un club vidéo. Videba que ça s'appelait. Sûrement des Italiens.
Tiens, pourquoi pas un p'tit film, se dit-il, t'as bien mérité de te changer les idées, non?

La première chose qui le frappa en entrant dans le vidéo, outre les couleurs vives d'arcade et le clinquant des néons, fut la quantité de choix proposés sur des étalages à perte de vue. À donner le tournis. Il ne connaissait pas grand chose des nouveautés, vu que sa télé de merde n'affichait qu'un poste enneigé depuis qu'il y avait foutu un coup de pied un soir de cafard et que tous les films en salles passaient maintenant en anglais, langue obscure qu'il baragouinait sans rien n'y comprendre, comme c'était la langue du travail et qu'il n'en avait jamais vraiment eu. Aussi se tourna-t-il vers le boutonneux au comptoir qui, à voir ses yeux bouffis, devait bien en connaître un rayon dans le domaine.

« Salut, des suggestions?
- Moui, la tablette, là, à côté des films de cul. Marquée : "Suggestions". »

L'ado s'endormit pendant que Pete évaluait les choix. Tel que prévu, que des titres anglais. Sauf un : une cassette à l'écart avec une étiquette "français" collée dessus. Factotum que ça s'appelait. Un titre en latin dans une place tenue par des Italiens : un gage de qualité, pensa-t-il, comme de manger chinois dans un resto où mangent les Chinois... au moins tu sais que le chat est frais. Sa platitude le fit rire, encore! Un signe. Il prit le film, s'abonna et, siffla jusqu'à la maison.

C'était bien, le film.
Pourtant, sans se poser la question, Pete se rendit ce soir-là comme tous les autres à la Luette en Colère, pour baver devant une Johanne qui ne le voyait pas, pour écluser jusqu'à plus soif, jusqu'après soif, bien au-delà de la soif... pour terminer miné sur le carrelage de sa salle de bain, la face étampée dans une flaque de vomi, cadeau de son chum en grève.

Avoir été plus avisé, il aurait lu, à l'endos de la cassette :
d'après une nouvelle de Charles Bukowski.

jeudi, août 18, 2005

En attendant...

texte envoyé à Coïtus


Le croque-mort prenait un plaisir sadique à fixer ma gueule d’enterrement.
Et cet autobus qui n’arrivait pas.
Je me demandais bien ce qu’il me voulait, le funèbre. Me pomper? Non, pas son genre. Il se contentait de m’observer de ses yeux hépatiques, grattant nerveusement un ongle cornu sur le filet de son menton. Il commençait sérieusement à m’énerver, me foutait franchement la trouille, en fait.
Je décidai de prendre le diable par les deux cornes.

– Vous voulez ma photo?
Surpris dans sa méditation, il s’avança vers moi et se racla la gorge. À glacer un popsicle.
– Pardonnez-moi jeune homme, mais je suis sondeur pour la maison Pesant-Pesant et vous me semblez être le candidat idéal pour notre sondage d’aujourd’hui sur les maladies du cœur. Vous permettez que je vous pose quelques questions?

Bof, je n’avais que mon temps à perdre, tant qu’à attendre le bus, et j’étais soulagé de voir qu’il ne m’imaginait pas en sauce avec des petits oignons. J’acceptai.
Vinrent les questions d’usage, âge, profession, etc. Il esquissait de temps à autres un petit sourire de satisfaction, sourire particulièrement appuyé lorsque fut le temps des questions sur mes habitudes alimentaires. Vrai qu’à m’écouter répondre, je n’étais pas fier : si c’est gras, poilu et que ça se fait livrer, j’en mange.
Plus les questions défilaient, plus il semblait jubiler. L’extase se lisait carrément sur son visage à la fin du questionnaire :

– Combien de fois par semaine faites-vous de l’exercice?
– C’est quoi ça de l’exercice? Héhé.
– Avez-vous déjà consommé de la drogue?
– Ben kin…
– Lesquelles?
– Euh…toutes, je pense…sais pus trop…
– Vous fumez?
– Oui.
L’apothéose! Il en tremblait.
– Combien de cigarettes par jour?
– Je pourrais vous le dire en paquets, moins compliqué à…

Sans prendre le temps d’entendre la fin de ma réponse, il me coupa la parole, remballa son questionnaire dans son cartable et me tendit une main poisseuse.

– Excellent mon cher monsieur, vous avez été parfait! On passe vous prendre ce soir!

C’est à ce moment qu’arriva l’autobus, vomissant son lot de zombies. Se frayant un chemin entre eux, Madeleine s’en extirpa, toute belle d’été vêtue. Elle me sauta au cou, m’embrassa comme si ça faisait dix ans que nous ne nous étions vus, comme si le sort du monde en dépendait, langoureusement, sauvagement, amoureusement. Je n’avais pas attendu pour rien. Nous nous en allâmes vers la maison, main dans la main, emmenant avec nous le bonheur des gens qui se retrouvent. Avec un clin d’œil, Madeleine me demanda :

– T’as vu derrière, à l’arrêt d’autobus? Y’a un fou qui mange un cartable en piétinant le sol…


Désolé mon vieux, ce soir j'ai mieux à faire…

mardi, juin 14, 2005

Au boulot!

Texte paresseusement envoyé à Collectivo. Thème de la semaine : Mercredi après-midi à la taverne.


Mercredi est déjà bien entamé pour les Normaux mais, pour moi, le gros reste à faire. Je viens d’ouvrir la grille et de m’en griller une ; les fruits sont coupés, les bières montées, je suis fin prêt à accueillir les grandes gorges quand mon organe auditif intercepte le joyeux drelindrelinement de la boîte à paroles. Je me dis, tiens, le téléphone qui sonne : ce doit être quelqu’un. Sûrement un client qui aura égaré son dentier la veille ou un truc du genre. Je décroche le combiné en usant de cette intonation ténor-fumeur-de-Gitanes qui fait tant craquer les femmes.

« Taverne Soiffards à Paupières, bonjour.
– Allô, qui parle?
– C’est vous.
– Comment? Qui est à l’appareil?
– C’est nous.
– Ok, un farceur… Comprenez-moi bien, je veux dire : je suis où, là?
– Dans la cuisine, dans le salon? Comment pourrais-je savoir? »

Clic. On a raccroché. De nos jours, la politesse est une vertu qui se perd.
Deux pochtrons s’engouffrent dans l’antre. Sentent déjà la vinasse, mais bon, ce sont mes premiers clients, faudrait pas faire le bégueule. Ils seront bientôt plus de cent à se masser devant moi afin de m’admirer en s’humectant la luette. Y’en aura pas de faciles… Je me fais vieux. Faudra bientôt que je pense à accrocher mes patins. En attendant, j’accroche mon plus beau sourire, puis je m’en débouche une bien fraîche. Boutsitt! La soirée s’annonce, jeune et coquine…

Morale : au fait, pourquoi toujours des morales?

vendredi, mars 11, 2005

Solidarité

J’avais le visage doucement incrusté dans mon oreiller en poils pubiens de chamelle (moelleux là où ça fait mal !), quand un murmure étrange est venu me réveiller. D’abord le son d’un tambour, du type guerre de sécession ou «oyez, oyez», à roulements ragada ragada ; puis des voix, de plus en plus vives. Une procession de témoins de Jéhovah revendiquant le droit de travailler de nuit, me suis-je dis, ou le Cercle des Fermières en formation triangle pour contrer la hausse carrée du prix de la farine, qui sait ?

Osant un orteil hors du plumard, j’ai décidé d’en avoir le cœur net – j’ai vomi–, puis je me suis rapproché de la fenêtre afin de voir de quoi il en retournait. Vous l’aurez deviné, il s’agissait d’une manif estudiantine bien banale (et non bacchanale-auréat). C’était beau à voir, deux trois cents jeunes (à vue de nez et d’oreilles) heureux comme la promesse d’un futur meilleur, scandant l’éternel so-so-so, so-li-da-ri-té !

J’en étais à cet émoi nostalgique quand je l’ai vu tomber.
Un Asiatique (en sciences physiques ou de la santé, probablement) tout juste grand comme trois pommes du haut de ses vingt ans. Je ne sais trop comment il a fait son compte, mais toujours est-il qu’il s’est retrouvé Gros-Jean comme devant, cul par-dessus tête et la face dans la sloche. Et tout ce beau monde bien élevé de passer devant lui en riant, sans même faire le moindre geste pour l’aider à se sortir de la gadoue. Ravalant sa honte, il s’est relevé, reprenant le slogan du rassemblement : «So-so-so, so-do-mi-sez-moi !», ai-je cru entendre. Mais aurais-je rêvé ? L’accent, sûrement…

Comme quoi de nos jours, même dans la foule, l’accent est toujours sur l’individu.

mercredi, mars 09, 2005

Du rose au bleu

Texte publié dans le cadre du collectif Coïtus Impromptus
thème de la semaine : L'être et le néant


Institut Médico-légal de Montréal
9 mars 2005, 11 :57

Le coroner Holmes venait tout juste de terminer son sandwich quand l’inspecteur Watson fit irruption dans son bureau.
– Alors Doc, du nouveau ?
– Nope, jambon-fromage, comme d’hab.
– Je parle du bébé, pas de votre sandwich !
– Ah oui, le bébé… Suivez-moi.

Watson eut un frisson en le voyant sur la table de stainless trop grande. Il en avait vu des macchabs dans sa carrière mais, avec les bambins, c’était différent. Holmes entama sa litanie, avec cet air un peu perdu qu’ont les scientifiques, surtout ceux habitués à côtoyer les cadavres.

– J’ai bien l’impression qu’on vous l’a secoué, le petit. J’ai d’abord eu la puce à l’oreille à cause de ces ecchymoses en forme de mains au niveau du thorax. Quatre doigts de chaque côté des grands dorsaux, les pouces aux pectoraux. Puis ce cal osseux senti en palpation à la clavicule. Probablement une fracture récente qu’on verra aux rayons-x. Voyez aussi ces ecchymoses hémo-sidérotiques un peu partout sur le corps. Des bleus plus ou moins récents, si vous voulez. Et là, ces petits points rouges sur les paupières : des pétéchies palpébrales, comme si vous aviez éternué à vous en faire éclater les yeux. Puis une hyperhémie sous-conjonctivale m’a amené à faire une ophtalmoscopie qui a révélé une hémorragie rétinienne... Mais je vois que je vous perds. Bref, tout concorde : on l’aura secoué jusqu’à ce qu’il n’en meure. Élémentaire, mon cher... Je peux vous avoir le rapport pour demain. Ce soir il y a bridge chez les Simenon, vous en serez ?

– Hum...
L’inspecteur prit le chemin de la maison en se demandant avec quelle facilité on pouvait donner la vie et la reprendre. Ou l’odieux de jouer à Dieu. Il en était secoué et pourtant ce n’était pas lui qui était mort. Rendu à destination, il se versa un grand verre de lait au chocolat, puis alla s’affaler sur le divan, anéanti.

jeudi, février 10, 2005

La leçon de morale


Il égorgea la pute en déchargeant dans son con
Une semaine à la regarder pourrir
Oh oui jouir du spectacle
De sa chair lambeaux et miasmes
Effilochée au fil rasoir du temps

Entre deux cafés il pensait
Au projet suivant, à l'aventure :

Violer des nonnes, de vieilles nonnes
En défrîcheur des croutes célestes
Puis de son Zippo – main de Dieu –
Allumer l'essence pour le dernier ballet
Qui les rendrait à Satan

Elle me regardait comme si je venais de la demander en mariage, l'œil vitreux, un mince filet de bave pris entre ses lèvres pétrifiées

" – Qu'en pensez-vous, sœur Berthe ? Les images sont fortes, hein ?

– Fortes de votre folie, oui... Mais le rapport avec le cours de morale, monsieur Lagreff ? On pense vraiment à ces horreurs à 15 ans ? J'avais demandé un court poème sur vos projets de carrière et ce que vous pourriez faire de bien pour améliorer le monde.

– Ben là, voyez-vous, c'est que j'aimerais bien écrire des bouquins. Horreur, policier, fantastique, je ne sais pas encore... Divertir les gens, c'est un plus dans le monde, non ?
Tuer des personnages pour faire vivre des héros, c'est pas d'aller à la guerre, tout de même !
Enfin, c'est pas comme si j'avais parlé de débander dans l'anus d'un enfant mort... "

Au début, pas de réaction. Probablement l'émotion de voir que j'étais un bon petit gars, après tout.
Puis ses lèvres se sont crispées. Un rictus, oui, c'est ça ; j'étais fier de connaître le mot. Elle a penché sa tête vers l'avant, ses lunettes ont glissé de son nez, tout en restant suspendues grâce à la chaînette d'or à son cou. On aurait dit une balançoire à moineaux. Ça s'est passé vite, en fait : ses mains ont agrippé sa poitrine et elle s'est affaissée d'un coup. Une roche dans l'eau. Plouf : la vieille est morte à mes pieds.

C'était la première fois que mon écriture touchait quelqu'un.
J'étais content.

mardi, décembre 21, 2004

Pierre, Jean, Jacques

Noël approche.
La ville s’est faite belle le temps d’une illusion. Les minarets modernes chantent en dolby le petit Jésus et la pierre arbore des larmes lumineuses, multicolores. Ce serait beau si la misère ne s’était aussi mise sur son trente-et-un.

Pierre a loadé sa carte pour faire croire à ses enfants qu’ils sont heureux. En janvier, ils n’auraient peut-être pas déjeuné si, heureusement, leur école ne s’était située dans un secteur défavorisé.

Jean fait des affaires d’or sur un coin de rue de la Main à tendre la main. Avec toutes ces lumières, ce clinquant dont on a paré la nuit, il est vraiment plus laid. Et comme c’est bien fait, le froid s’est pointé le nez. Il fait vraiment pitié, tant mieux : les affaires sont bonnes. Curieusement, à ce temps-ci de l’année, les gens le voient. Probablement parce que leur marche est ralentie par tous ces sacs de cadeaux et le poids de la honte. On s’arrête pour lui parler, lui souhaiter de joyeuses fêtes, puis on fait danser dans sa main grelottante les huarts qui n’auront pas servi à acheter l’assortiment de trucs-machins-qui-sentent-la-vieille-fille pour la tante Ginette.

Jacques, habillé comme sa chienne, parle tout seul dans sa barbe. Toujours les mêmes phrases. Le même mot surtout, le seul qu’on lui aura appris au Centre entre les rations de pilules de bonheur. Un mot, une gâterie, comme pour les perroquets. Depuis il répète : désinstitutionnalisation. Les messieurs en blanc lui ont dit avec une tape sur le dos : " Va mon bel oiseau, tu es libre ! " Bulle, envole-toi…disparais. Comme sont gentils !

Noël pour fêter la naissance de Jésus. Pourquoi j’ai plutôt l’impression que c’est l’époque où on le remet sur la croix pour montrer sa souffrance à venir ?
La charrue avant l’âne et le bœuf.
Misère…

jeudi, décembre 09, 2004

... nan nan nan nan : Tourissimo !

Un matin, ils ont cessé d'atterrir, les grands pit-pit de fer remplis de japonais. Ils débarquaient, tout sourire, avec au cou leurs boîtes à crystaliser l'âme des pays. Atachtatouk, en bon guide, leur montrait comment taquiner la mouchetée sur une rivière Moisie trop écumée, leur faisait comprendre la poésie des oiseaux en dehors des cages et la beauté de l'orignal qui, dans un grand élan d'amour, se roule dans sa pisse en guise de cour à sa femelle. Il les avait attendus un peu, se demandant ce qu'il pourrait bien faire maintenant. Sans l'argent du blanc (du jaune dans ce cas-ci), comment faire pour vivre ? c'est à dire descendre à Kebek pour s'acheter du rhum, des femmes et d'la bière nom de Dieu !
"Ben coudonc, se dit-il en aparté et en (gai-l')Huron, je vais retourner dans le bois, pendant qu'il en reste."

Univers sonore : Kashtin à la radio.
Comme je ne comprenais rien, je me suis dit qu'il s'agissait peut-être d'une histoire sans morale, avec seulement des mots pour bloquer les trous.
P.S. : Je sais que Kashtin, c'est en Montagnais, et qu'il n'y avait pas de Hurons dans le coin de la Moisie.

jeudi, octobre 21, 2004

Lettre au présent imparfait

On s'en fait-y un ? qu'avait demandé papa par un soir de grand froid qui vous mordait les fesses. Et toi, naturellement, tu avais souri des lèvres et des jambes, simplement heureuse que le petit con prenne enfin de la graine. Il est lent parfois, papa, mais il finit toujours par comprendre.
Oh, je ne veux pas faire de chichis, l'idée était bonne, je vous l'accorde...
Merci d'avoir pensé à moi !

Mais à quoi il pense, le grand fafouin comico-cosmique, des fois je vous jure...
T'inventes l'eau, l'air, les fleurs, puis des trucs tout croche comme moi. À croire qu'il aurait fait un cauchemar le dimanche en se reposant. Pas fort Big-Bonhomme ! On ne se dit pas Dieu comme ça sans prendre de précautions, faut pas lésiner ! À son image, quelle connerie, oui !

Je me voyais déjà faire la grasse matinée de la vie, gazouiller, apprendre à marcher, à lire, à jouer du trombone, faire l'amour (hihi, ça, ça a l'air le fun !), être heureux, quoi. Me semble que je n'en demandais pas beaucoup.

Et puis le grand monsieur en blanc qui vient faire son savant pour épater la galerie avec ses mots qui ne sont que dans son dictionnaire à lui, avec sa grande oreille à écouter ton coeur en chamade. "Rien n'est sûr. On va faire des tests", tellement de tests que ça prend une batterie... Et viens que je t'ausculte de ta dignité, que je te triture (même s'il est gentil, ça fait mal, je le sens. Mais tu ne te plains jamais, tu es forte !)
Puis les résultats, toujours les mêmes... toujours les mêmes qui ont tout, oui ! Moi, il l'a dit le grand monsieur en blanc, je n'aurai jamais rien. Déjà qu'il me manque des bouts, je ne verrai jamais la lumière à celui du tunnel. Et finalement, il te conseille fortement de mettre fin à ma vie, alors que tout ton corps et ton coeur n'auront jamais autant désiré que de me la donner. Et je t'en remercie. Et te remercie de ta décision.

Tu voulais veiller sur moi toute ta vie, et voilà qu'un grain de sable dans la machine vient tout bousiller, voilà que maintenant ce sera à moi de veiller sur toi du haut de mon nuage, sur toi et sur papa, puis sur futur frérot et future soeurette ; parce que tu n'as pas à supporter le poids de l'injustice, parce que tu m'aimes et que je t'aime. Parce que tu m'aimes. Merci maman.

- ton 'tit-ange