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vendredi, septembre 23, 2005

La grosse femme du parc

Le Parc Belmont s’effrite dans mes souvenirs
crachas du temps les vautours ricanent
souvenance d’une poupée géante devant le Palais des Glaces
cerbère mécanisé
rire sardonique de mégaphone troué
frissons dans le dos et doigt dans le nez :
« maman j’ai peur, je veux pas y aller! »
l’odeur de Barbe à papa, écœurante
« maman je vais vomir! »

J’aurais voulu assister à son dernier couinement
pièce par pièce enfin démontée
coups de masse dans le papier mâché, anéantissement du grotesque
je crois que j’aurais joui – j’avais l’âge en ’83
mort d’une époque
délivrance

jeudi, août 04, 2005

Waterloo nocturne (chronique du clown Pathos)

Encore une de ces nuits
Nourries aux sandwiches à la photocopie de dinde
Aux bières insipides criant bulle
Envole-toi

Affalé au zinc
Sur le bar de la catastrophe
En accusé de déception

Une mocheté me sourit
Le genre qui saigne des gencives
En s’épilant les dents
Mais je vais sûrement finir fini
Par lui demander sa main

Encore une de ces nuits
À compulser mes silences élastiques
Latence de la déchirure
Honteux guerrier indien
Sous toute réserve
Flèche de boit tout

Je commande du Cristal l’air de rien
Aux hyènes de service
Crocs jaunes haleine de tabac
Les morpions s’agglutinent
À chacun son verre chacun son poil
Enfin je me fais sucer

Dilapidation des billets
Bouteilles à la mer
Au yab’ la dépense
Le garde-manger est vide

Une autre maudite nuit
À me demander
Suis-je devenu le sel
De l’eau qui a bouilli

Ah pis fuck
Barman
Un autre verre svp
Pour le doute

Demain la nuit
Comme la chance
Me sourira

mardi, juin 07, 2005

...

Débâcle printanière
Tout éclate autour
Les couples de roc s’effritent
Érosion, fulgurance des acides
Grotesque pied de nez temporel
Victoire des pollutions
Du quotidien

Pourtant ils s’aiment

Les couteaux en rase-motte, émoussés
Écorchent le statu quo des consensus tièdes

La peur de la solitude
Recule devant la promesse
De nouvelles amours saisonnières
Mais le cœur n'y est pas

Mai chie un printemps mou

samedi, mai 07, 2005

Défaire le trottoir...

Texte écrit dans le cadre de Collectivo. Contrainte : un lipogramme en A, I, L (impossibilité d'inclure ces lettres dans le texte).

Bonhomme sept-heure, bête en rut pressée d’hormones d’hockeyeur, tu cherches pour dégoter une pute sur une rue de Terre-Neuve. Des thunes en poche, des kopecks contre son ventre, hmmm, y trouver refuge... Tu te sens d’un coup sponsor, pourvoyeur, pur voyeur. Prendre une escorte, presque en esthète : un généreux geste de mécène, forcément. Un verre de rhum et hop! tu es prêt pour une descente en enfer, procureur du démon, homme de ton temps. Où es-tu, ô prêtresse du sexe, déesse de Krypton, femme entre toutes? Entêté, têtu comme une buse, tu cherches et tu cherches, exempt de succès. Non, merde! encore se crosser sur des pubs de Kotex? Grrr. Tu songes : ses nymphes ouvertes, son odeur, ses fesses, ses tétons, son bouton d’or, bref, ses zones érogènes. Et tu penses encore : ronronner sur son cou, sucer ses sphères, prendre son fondement et décéder repu, knock-out, ton totem, ton sceptre mort en une gorge en feu, érubescente et… merde! Guère de putes. Encore essuyer un refus du sort. Tu es déçu. Bon, ben, bye-bye Terre-Neuve ; tu conserves ton sperme. Tu subodores, honteux, ton retour vers Québec. C’est con, perdre son temps.

mardi, mars 29, 2005

Hein, quoi?

Dialogues de sourds :
Un glissement de terrain
Sous les pluies acides
Ou mâcher du sel
Dans le désert

Vas-y je t’écoute
Dit-elle en le coupant
Il baisse le ton
Pour étouffer un cri
Puis abdique…
Et l’égorge

Enfin le silence

vendredi, mars 18, 2005

Nostalgia

Dormir à la belle étoile
avec les moustiques, les rats et les scorpions
mais nous étions chez eux, en visite :
partage du territoire, ils nous ont laissé une petite place
dans l'immensité...



Corfu, Grèce, 1989

jeudi, février 10, 2005

La leçon de morale


Il égorgea la pute en déchargeant dans son con
Une semaine à la regarder pourrir
Oh oui jouir du spectacle
De sa chair lambeaux et miasmes
Effilochée au fil rasoir du temps

Entre deux cafés il pensait
Au projet suivant, à l'aventure :

Violer des nonnes, de vieilles nonnes
En défrîcheur des croutes célestes
Puis de son Zippo – main de Dieu –
Allumer l'essence pour le dernier ballet
Qui les rendrait à Satan

Elle me regardait comme si je venais de la demander en mariage, l'œil vitreux, un mince filet de bave pris entre ses lèvres pétrifiées

" – Qu'en pensez-vous, sœur Berthe ? Les images sont fortes, hein ?

– Fortes de votre folie, oui... Mais le rapport avec le cours de morale, monsieur Lagreff ? On pense vraiment à ces horreurs à 15 ans ? J'avais demandé un court poème sur vos projets de carrière et ce que vous pourriez faire de bien pour améliorer le monde.

– Ben là, voyez-vous, c'est que j'aimerais bien écrire des bouquins. Horreur, policier, fantastique, je ne sais pas encore... Divertir les gens, c'est un plus dans le monde, non ?
Tuer des personnages pour faire vivre des héros, c'est pas d'aller à la guerre, tout de même !
Enfin, c'est pas comme si j'avais parlé de débander dans l'anus d'un enfant mort... "

Au début, pas de réaction. Probablement l'émotion de voir que j'étais un bon petit gars, après tout.
Puis ses lèvres se sont crispées. Un rictus, oui, c'est ça ; j'étais fier de connaître le mot. Elle a penché sa tête vers l'avant, ses lunettes ont glissé de son nez, tout en restant suspendues grâce à la chaînette d'or à son cou. On aurait dit une balançoire à moineaux. Ça s'est passé vite, en fait : ses mains ont agrippé sa poitrine et elle s'est affaissée d'un coup. Une roche dans l'eau. Plouf : la vieille est morte à mes pieds.

C'était la première fois que mon écriture touchait quelqu'un.
J'étais content.

vendredi, janvier 28, 2005

Dans mes petits souliers

CNN – Tsunami – la vague d’infos nous submerge

Ne rien apprendre mais en être informé

Pas même un hoquet
En mangeant mon Kraft Dinner Deluxe
Extra poudre

Et pourtant parfois l’épiphanie :
« Maudit pourri, allume ! »
Fâcheuse impression : vivre mais ceux-là meurent
Sans le mériter
Ni eux ni moi

***

Avoir un vrai job je serais
Inspecteur gouverne-mental
L’invité de Monsieur le Directeur
Du pénitencier
« A-1, bravo, excellentes conditions. »
Sourires entendus ; je touche ma prime

Retour à la maison
J’enlève mes souliers en cuir italien
Impossibles à casser
De toute façon marcher ? je ne vais nulle part
Je ne fais que monter – l’achat du Paradis
Par la peau des gens

Bobonne me suce mais
Il ne me quitte pas ce frisson
Ce rire entendu
Dans le couloir de la mort


jeudi, janvier 20, 2005

Masturbation

Il est une heure du mat. et je me sens seul.
Qui appeler ? Tant de rencontres, tant d’unions ; plein de numéros mais aucun à composer. Pas vraiment de désunions, que des mises au point : pas les mêmes horaires, pas la même soif. Les mêmes buts, oui, mais pas en même temps. Souvent le mot " même " en deux phrases, et pourtant la différence. Je ne pourrais t’aimer comme on aime vraiment, à deux. Il est tard, l’heure où tu te couches. Où idéalement je me coucherais avec toi, serais venu te rejoindre, au pire. Tu as une vraie vie, au sens normatif. Et ma norme est énorme d’énormités.
Tu que j’ai déjà connue, mais ne connaîtrai plus, car j’ai appris : à prendre celles à prendre dans l’instant, passionnément, enivré du moment, au jour le jour – plutôt de soir en matin. En attendant, je me surprends, sentimental, à t’écrire comme un con à une heure du mat.
L’espoir, donc.

lundi, janvier 17, 2005

Soif de silence

Un de ces soirs où sourire fait mal
mais les ivrognes ont soif
les chauds must drink on
dans un coin là-bas un couple
qui s’avale
un autre qui se défait plus loin
à grands coups d’orgueil
éventrant la cohue

On les voit souvent
qui aiment se détester
les dynamiteurs d’harmonie
à jouer à la guerre devant les autres
pour justifier leur amour – terne
jusque dans la collision des silences

Un de ces soirs où sourire fait mal
à téter des bières insipides pour affadir les gris
à fumer comme si on allait mourir demain
et ceux-là qui se lèchent ou se laissent
mais les ivrognes ont soif
" Oui monsieur qu’est-ce que je vous sers ? "


mercredi, décembre 29, 2004

Snooze

L'araignée tisse dans ma tête
tapissant mes idées d'une soyeuse brume
engourdissant mes membres
pris dans les rets du rêve

Feinte accalmie dans l'œil du cyclone
le réveil guette
la réalité menace
comme une pluie d'enclumes
surgissant d'un ciel éclaté
aussi froide que les yeux
d'un rongeur dans la nuit.

jeudi, décembre 09, 2004

Flûte de pan de mur

Angoissé par deux secondes sans parler
Étourdi de silence
J’irai brasser la cage à mes vérités, en criant
Trois fois mon nom

Je me moi, m’émoi, mais moi...

Comprendre ce que je tais de vive voix
Crier la poussière au grenier
L’immuable du meuble
Crasse des jours ; la mélancolie

Faire le paon de ce mur
Où je me suis embriqué

Désaimer mucho

Avec la langue la cruelle alliance
Papilles irritées par les mots rabots
Cascadant de mes lèvres
En torrents sonores humide magma
De pensées tordues malades comme la vie
Mon cœur malade refait peau neuve
Dans la solennité de l’aveu
Je n’envie plus d’être
Nous en veux d’avoir été

Lasalle, 14/03/00

mercredi, décembre 08, 2004

Tic tac

Passages
de l'enfance à l'adultère
de ma vie dépossédé
dans ces yeux miroirs, de moi
fondu dans la masse des secondes
altier et fat devant l'inéluctable, ce jour
où je me m'amalgamerai aux souvenirs
attendre la mort, depuis sa naissance
dans l'inconscience d'être
et se réveiller un jour, trop tard, enfin
décédé à vivre

mercredi, novembre 24, 2004

Les Bas de Hurlevent

La maison des hurlements
Orgueil et incompréhension
Pleine de silences éventrés
Bâtie sur la boue
Du doute

La jalousie siffle
Dans les interstices
Lugubres acouphènes
À rendre dément
Les loco-locataires

La haine postillonnée
Frappe des murs sans oreille
Hante les corridors
Les cris s’amoncellent
Fumier dans le grenier

Déménager serait vain, il faut refaire les fondations

jeudi, novembre 11, 2004

Engagez-vous

En ce jour du souvenir, une pensée pour les anciens combattants,
ainsi qu'une spéciale pour ceux du verbe.

Malgré la poudre aux yeux
en rafales à blanc ma tête
postillonne les balles perdues de son savoir

Touché par un détachement armé
mon cerveau se coupe du reste du corps en saignant
pendant qu'au front faseyent les drapeaux
de la guerre des si et des pourquoi

Et je m'avance en terrain miné
pleurant des larmes à gauche
une fleur au bout du futile

À la fois fusil et cible
je me tue à dire la lourdeur
de l'arme qui se frotte
à la poignée dans mon dos

Le châtiment se hisse à la hauteur de la faute
mais il me semble être innocent
et pourtant
je dors les yeux ouverts

L'esprit le plus vif court toujours moins vite qu'une balle.

mardi, novembre 02, 2004

Larmes d'encre

J'ai voulu me faire mal
pour te sortir de ma peau
et c'est ainsi qu'un aigle
s'est posé sur ma poitrine

J'aimais mieux souffrir
de cette liberté maudite
aussi mordant ma chair
sont apparus ces barbelés

Gravure d'un bateau en mouillage
dans mes pores d'attache
Comme un naufrage sur mon bras
L'ancre s'estompe dans l'amer


samedi, octobre 30, 2004

Chienne de vie

Le vieux

Derrière ses yeux doux
le regard d'un chien fou
écumant sa rage en ne mordant plus dans la vie
dévorant les restes d'après-midi solitaires
en compagnie de louves édentées

Il arpente les corridors de la sénélité
croupissant dans le foyer des miasmes humains
aucune trace dans sa mémoire
de sa bohème trépassée

Du fiel plein la bouche
n'en rajoutez plus la couche est pleine
c'est la terreur du centre
le dentier aux canines acérées

Une sale peau un rire sadique
la voix grave catarrheuse
la rognure d'humanité le sous-genre
crache sa hargne
à ceux qui l'ont honni

Là-bas au foyer du feu dans les yeux
le vieux attend la mort
la mort
ou des nouvelles de sa famille

jeudi, octobre 28, 2004

Écriture automatique tac toe

hier soir de toute manière
j'étais liquide et ailleurs
- Tony Tremblay, rue pétrole-océan, p.31


Dunn's
centre-ville moribond tranquille ce soir
un coke fontaine me gruge les gencives
le crayon à la main
le gras du bovin dans l'autre
un espoir de lucidité dans la troisième
polyvalence des sens atrophiés
remettre à trois mains ce qui ne peut attendre

pendant que Bennett chante ou pleure je ne sais
Tony truand Tremblay se laisse lire magnanime
absence retour se fondre en marge en page
échos de vaisselle je n'ai même pas faim
ma nourriture est d'encre

seigle en fuite mes doigts huileux
ça dégouline sur le crayon
je mange comme j'écris
de la main gauche
qui enfourne les patates bouchons
les artères malades les veines en sang
bouche molle automate

(pause)

j'éructe
nouveau décor ambiance d'un or gris
les clients ne pullulent pas
seul con comme un sac de roches
au milieu des jambes qui s'échinent
à ne pas danser

Tony t'es où
tiens pour peu je t'appellerais
mais t'es déjà là
te lire en la cité des pétroleuses
l'ironie se marre
l'incongru avance mais je suis assis
Eminem n'est pas content

la fausseté ici me rassure
le cercle des fermières se referme
arrive un sourire sur des talons hauts
- hi you beautiful
- me manque 10 $ pour vous aimer madame
comment allez-vous
sourire vampire devenu brume
clac clac les talons me tournent le dos

Chateau du sexe
l'illusion est totale
je me crois en Espagne
voyage en souvenance
du temps des mouvements
dans la peur ou l'attente
de la schizophrénie

lundi, octobre 25, 2004

Prière du macho

Mesdames,

Puisse le ciel s'il existe
m'accompagner dans ma quête
et m'indiquer le chemin
vers des valeurs plus pures

Je ne sais si un jour
grâce à de divins augures
je pourrai laver votre honneur
belles que j'ai souillées

Que ne faut-il d'inspirations
pour exhaler en un souffle
les habitudes incrustées
depuis l'enfance qu'on dit tendre

Et saurai-je bannir de mon esprit
les avanies commises
au nom d'un dieu
que je croyais être

La fatuité m'a égaré
comme elle perd les plus nobles
et vous offrir réparation
me semble aveu de courage

Sachez que je regrette
des tréfonds de mon âme
ces transports qui m'ont valu
d'être éloigné de votre grâce

Aussi me redonneriez-vous
l'espoir qu'un jour béni
je puisse attendre de vous
la miséricorde des justes

Ce serait m'obliger grandement
que d'accepter les plates excuses
d'un repentant sincère
qui ne vous mérite pas

Je ne saurai trouver le repos
tant que votre main menue
n'éloignera cette menace
d'un poignard sur mon coeur

Aussi vous enjoins-je à genoux
de consentir à accorder
au satyre que je suis
un pardon redempteur

P.S. :
Veuillez mesdames en toute candeur
Agréer l'expression ricaneuse
De ma bite turgescente
Qui ne se lasse de vous aimer...