Aucun message portant le libellé En voyage. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé En voyage. Afficher tous les messages

vendredi, mars 18, 2005

Nostalgia

Dormir à la belle étoile
avec les moustiques, les rats et les scorpions
mais nous étions chez eux, en visite :
partage du territoire, ils nous ont laissé une petite place
dans l'immensité...



Corfu, Grèce, 1989

samedi, mars 12, 2005

Merci Félix !

Parce que les miens aussi ont beaucoup voyagé, parce que j'imagine que M. Leclerc ne parlait pas toujours comme un tronc d'arbre poétique (maudite série poche !), ainsi que pour le petit Félix nommé en l'honneur du maître, une 'tite photo qui en vaut mille, des mots...


Je les ai laissés là, gisant au pied d'un arbre d'Israël, eux qui m'avaient si bien porté ces mois précédents.

Morts de m'avoir permis de vivre. C'est vraiment la première fois que je remercie des souliers...

mercredi, novembre 17, 2004

D'humeur Massada

Yasserré la hache de guerre une fois pour toutes. Passé l’arme à gauche, comme on dit, lui qui d’armes n’avait que de petits cailloux à lancer dans la mer de l’indifférence. De lancer la première pierre créa des sillons qui fit entendre la voix des siens dans leur combat pour avoir le droit d’exister.
Le vieux guerrier peut enfin se reposer.
Goliath, lui, peut aussi se reposer et rire dans sa barbe (ou dans son tank), pendant que David va se garrocher des cailloux-boomerangs.
Beaucoup de corbeaux et peu de colombes.

J’étais en Israël en 1989, en pleine Intifada. Pendant qu’un illuminé mitraillait des croyants dans une église à Hebron, je pétais de joie dans la mer Morte (à ne pas essayer : ça brûle). L’Éden. Je flottais de bonheur, insouciant, jeune et surtout, libre. Puis j’ai laissé le circuit touristique pour me rendre dans les territoires occupés, à Hebron justement. Là j’ai commencé à me sentir gêné. Gêné d’être libre, d’être né dans un pays où on ne me demandait pas de mourir à petit feu ou de m’immoler pour la cause. Le malaise augmentait à mesure que les persiennes anti-balles se refermaient sur mon passage, dans les décombres de cette ville qui n’en est plus une. Et malgré tout, derrière les persiennes, quelques sourires.

L’inextricable du conflit m’effare. Qui des deux partis n’y a pas perdu un membre de sa famille ? J’ai parlé tant aux Palestiniens qu’aux Israéliens, qui me disaient tous être contre la guerre. Pourtant, derrière le discours, au fond des yeux : la haine. L’iniquité dans le combat me fait pencher pour la cause palestinienne. Mais s’ils étaient aussi riches et armés que les juifs, la paix trouverait-elle plus son chemin ? Pas sûr, han madame, comme dirait l’autre.

C’est à cette période que j’ai visité les ruines de Massada, une forteresse au sommet d’une montagne qui abrita la résistance juive face à l’envahisseur Romain. Le siège dura dix ans. L’histoire veut que les Romains durent bâtir une route en serpentins à même la montagne pour parvenir au sommet. À leur arrivée, ils trouvèrent tous les Zélotes morts. Suicide collectif.
Dix ans pour rien. Toujours pour rien.
Après avoir gravit la montagne à l’aube, avec ma gang, nous nous sommes installés pour un petit gueuleton à base de bouteilles de rouge, pâtés et baguettes. Bouffer comme des rois pendant que le soleil se lève sur la mer Morte, imaginez le pied !
Pendant que nous bections, une nuée de corbeaux tournoyaient au-dessus de nos têtes en croassant leur mélopée lugubre. Ballet de fantômes…
J’observais leur manège, quand tout à coup la masse noire s’est fragmentée. Zébrant le ciel, un éclair blanc.
Elle vola au milieu des corbeaux pendant un temps, puis vînt se poser à nos pieds.
Une colombe.
Elle nous a regardé quelques secondes, clin d’œil, puis elle a continué sa route.
Et les corbeaux lui ont foutu la paix.

J’ai toujours très vive en tête cette image. Pendant une minute, j’ai pensé à l’espoir.

mercredi, novembre 10, 2004

Dahab

Merci Galad de m'avoir inspiré. À mon tour de te conter mon expérience à Dahab.

Joli petit village bédouin sur les bords de la mer Rouge (jusque là je copie...), Dahab est au fond le Katmandou de l'Égypte. Un bled perdu dans un sablier où s'échoue l'escargot dériveur, le temps de poser sa maison sac à dos, de remplir ses piles de farniente. Rien d'autre à y foutre que de faire le bacon ou de nager dans la mer parmi la plus belle faune de poissons tropicaux de la planète. Curieusement, la plongée n'était pas l'activité principale des drifters (pardonnez mon Népalais). Le sport national à Dahab : fumer du pot en jouant au backgammon. Ou vice-versa. Ça ou ne rien faire, c'est tout comme. Après deux jours, c'est lassant (quand on a 18 ans, s'entend, maintenant je ferais ça à vie). C'est pourquoi nous décidâmes de nous payer une ride en chameau, mon accolyte de voyage Jimbob Tranchemontagne et moi-même.

Hmmm, tanguer sur la bête en longeant cette mer si bleue qu'on la dit Rouge... Le pied géant !
Mais comme rien n'est parfais, il y avait aussi notre guide, qui ne cessait de nous harceler pour un 20$. "Gimme twenty, gimme twenty". Aussi fort en géographie qu'en affaires, il plaçait le Canada "near la Germany". Parfois, alors qu'alanguis par le pas des camélidés nous nous assoupissions presque au bruit des vagues, il retentissait d'un puissant "Canada Dry" ! Un fou, je vous dis. C'est comme ça qu'on a appris que, bizarrement, l'empire Coca-Cola s'était arrêté aux frontières de l'Égypte, où les seules boissons gazeuses disponibles étaient de marque Canada Dry. Anyways...

Anecdote notable, la cérémonie du thé :
Nous sommes arrêtés dans un petit oasis. Jim vient de débarquer de son mastodonte quand on entend un formidable renaclement. C'est le chameau qui vient de se ramasser un glavion, deux livres de morve, qu'il s'empresse de cracher à la tête du pauvre Jim, tout englué. Pas juste les lamas, non... L'odeur de la bave de chameau, je vous dis pas. Rappellez-vous une vieille tante qui fumait le café et buvait la clope par une journée de canicule.
Pendant qu'on s'esclaffe, les bédouins préparent le feu pour le thé et le pain.

Pour le thé, pas compliqué, des feuilles en infusion dans une eau à peine réchauffée. Dégueu : on peut apercevoir des organismes nager dans le verre ! Le pain s'avère tout aussi dégueu. Le guide mélange avec ses doigts abominablement crasseux la farine à l'eau (la même que pour le thé, bien sûr), puis il étend la pâte sur une plaque rouillée qu'il met sur le feu. Une fois cuit, le pain sert à éteindre le feu. Question de prévention contre les incendies de forêt, j'imagine. En plein désert... Pita au goût de cendre et thé vivant, donc. Lois de l'hospitalité obligent, c'eût été jugé très impoli de refuser.

Pourquoi cette anecdote ? Parce que de retour à Dahab, j'ai compris pourquoi l'inactivité était ici généralisée : chacun en arrivant s'était payé un camel trip et avait goûté aux bontés bédouines. Z'auraient pu nous avertir, les dériveurs scotchés au backgammon, dans un café muni de toilettes. Trois jours... Je ne vous raconte pas...

dimanche, novembre 07, 2004

Miaou mix

Pour écrire les Ulysseries, j'ai dû relire en partie mes carnets de voyage.
J'avais oublié comme il m'avait été difficile de redescendre sur Terre après avoir loué une piaule au Paradis.
De réapprendre le quotidien, l'apprivoiser. Puis le temps est passé et je me rends compte que je m'y suis embourbé. Avoir regardé trop longtemps le soleil, s'être brûlé les rétines, revenir les yeux mi-clos et finir endormi dans les bras de Morphine...
Je trouve ironique que j'aie pu devenir si sédentaire après un tel voyage (France, Italie, Grèce, Israël, Égypte, un mois par pays). Depuis, je suis le chat nourri-logé chez ses maîtres. Dehors, c'est l'inconnu, alors le chat à sa môman y reste dans sa litière à gratter sa merde. Maudite routine.
Grrr, je repars à la mi-août.

Ulysseries 2

" Ici, la police se promène à pied avec des casques de moto sur la tête (bon choix), alors que les motocyclistes chevauchent leurs montures nu-tête. Comme dirait Obélix, sont fous ces... "
Le Caire, 21 nov. 1989

" (...), nous nous rendons à nouveau au Theatro Sexy, dans cette salle paroissiale surchauffée, avec le même annonceur-bingo hué à chaque apparition. Même clientèle qu'hier : bossus, vieux salingues et soldats puceaux. Plus deux Québécois désireux de renouveler cette expérience anthropologique.
Les effeuilleuses sur le retour qui font du lipsing en s'enfargeant les lèvres sous le poids du maquillage sont toujours aussi drôles. Tout comme ces deux acrobates de 250 livres - mari et femme - qui défient la mort à six pouces du sol en survêtements de lycra. Fellini qui s'étouffe avec une nouille.
Le show est suivi d'un film porno américain. Je n'ai rien compris, c'était en italien...
Autant la foule pouvait être survoltée pendant le spectacle, maintenant c'est dans le plus grand silence qu'elle s'absorbe à comprendre les circonvolutions de l'âme humaine. Nous quittons sur la pointe des pieds, respectueux, salués sous la musique des clapotis de la cohorte... "
Rome, 6 déc. 1989

À suivre.

vendredi, novembre 05, 2004

Ulysseries

« Paris est un urinoir qui perle bien. »
Paris, 23 août 1989

« (...) saleté de température, on crève le jour et on gèle la nuit. Il est vrai que la mer, c'est plutôt humide comme endroit... »
Corfu, Grèce, 24 sept. 1989

« (...) en mangeant un hamburger en résine de synthèse, je prends des photos d'un âne et de son con de proprio. Au développement, on ne saura distinguer l'animal du maître. »
Patras, Grèce 28 sept. 1989

« Le guide me parle en arabe et je lui réponds en français. Nous avons une conversation en sourd-muet, mais nous sommes manchots... »
Dahab, Égypte, 18 nov. 1989

« Le serveur, échappé de l'asile en jaquette d'hôpital, me dévisage comme si j'étais la réincarnation de Ramsès (nervuré pour son plaisir) ou un des martiens d'Orson fraîchement débarqué de la planète Radio. »
Le Caire, Égypte,19 nov. 1989

« J'ai l'impression que les Caïrotes (sont cuites), lorsqu'ils sortent les vidanges, oublient de les mettre dans des sacs verts. Disons que les différences culturelles se font sentir... »
Le Caire, Égypte, 20 nov. 1989

« Pour traverser l'équivalent du boul. Métropolitain, la technique est simple : il faut courir droit devant soi, tête baissée, les yeux fermés. Ou encore faire comme l'habitant, traverser tranquillement en stoppant les voitures d'un salut nonchalent de la main. J'ai essayé la première option, mal m'en pris : un des conducteurs regardait ailleurs. Résultat, une Mercedes emboutie, deux chèvres esquintées et un Québécois qui a fait dans sa culotte. »
Le Caire, Égypte, 20 nov. 1989

À suivre...