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samedi, avril 21, 2007

La vie reprend vie

Voilà, c'est fait : le printemps est enfin arrivé.
Je n'ai jamais eu besoin de beaucoup de lumière - je travaille de nuit depuis... des lunes -, mais j'aime voir celle qui luit dans les yeux des mes compatriotes en ces journées charnières où la vie reprend son droit de cité.
Les gens ont arrêté de chiâler, sortent de leur tanière, rient, sont heureux. La Mont-Royal et la Saint-Denis, obèses d'âmes en liesse, se font éclater l'artère. L'unanime cri(se) du coeur. Même les fumeurs applaudissent.
La gougoune fait un pied de nez aux bottes ensalées, le linge fond. Les jeunes dames, déjà habillées en guidounes tout l'hiver, sont maintenant complètement nues. Sur leur passage, les ti-gars bandent impunément dans des pantalons trop grands. La phéromone embaume.
Le tapis de crottes de chiens des parcs n'est pas tout dégelé que déjà les bronzeurs s'y sont étendus; la musique fuse des fenêtres, ça chante dans les buvettes; finie la sloche, fini ce satané hiver, bonjour bonjour les hirondelles, y'a d'la joie, y'a d'la joie!
Oui, les gens rient, sont heureux.

T'es mort juste à temps, mon vieux, tout ce bonheur t'aurait peut-être fait un peu de peine.
Allez, salut, bonne nuit l'ami. Et merci pour la lumière...

samedi, mars 24, 2007

Achalez-moi pas!

Ding dong!

Merde, qui ça pouvait bien être hier à 3:00 de l'après-midi? Des témoins de Jehovah en fin de shift? On n'était pourtant pas dimanche.
N'empêche, ils m'ont tiré du lit, et j'étais d'humeur assez maussade, pour ne pas dire Mossad.

Je me suis dépieuté, sans prendre le temps de replacer mes cheveux en bataille (!), j'ai enfilé un pantalon et suis allé peser sur le ti-piton qui ouvre la porte du bas. On entre, un gars, une fille, jamais vus.

« Bonjour monsieur, on est du parti X, on peut monter?

- C'est comme vous voulez, mais c'est à vos risques et périls : je suis raélien et je suis tout nu.

(Ma position dans le cadre de porte ne laissant entrevoir que le haut de mon corps dans toute la splendeur de sa nudité, la dame eut une moue appréciative, puis un mouvement chaste de recul.)

- Euh... merci, nous repasserons quand vous serez plus apte à nous recevoir. Bonne journée, là.»

"Plus apte à nous recevoir"... Je ne comprends pas. J'étais pourtant d'une grande hospitalité, me semble...

jeudi, septembre 28, 2006

Mot d'enfant d'un couple sans

Je venais tout juste de passer la moissonneuse-batteuse dans l'aquarium, because une merde d'algue envahissante au possible. Presque toutes les plantes y sont passées, grrr, ne reste que quelques tumbleweeds errants dans un désert hachedeuzoéen.
Lady D. ne pouvait comme moi que constater les dégats.

« Ouf, c'est vide!
- Ouep, pis les poissons ont l'air de freaker!
- Normal, pour eux c'est l'Apocalyspe.
- L'Apocalyspe, hein? Héhéhé.
- Pfff! Arrête, les poissons connaissent pas tous les mots... »

Le chat nous regardait, pouf dubitatif, l'air de se demander si nous n'étions pas une exception de la Grammère Nature...

vendredi, août 25, 2006

Délivrance

Oui! Enfin, on est sorti de la ville! Lundi dernier. Pas la grande excursion, mais juste de quoi sentir le frisson de l'aventure parcourir nos naseaux. Enfourchant notre flamboyant destrier (une mini Pontiac Wave de location), nous sommes partis, direction Hemmingford. Ben oui, le parc Safari...
Yes sir madame, l'exotisme avec un grand A!
Ça faisait trente ans que je n'y avais pas mis les pieds. Pas grand chose qui a changé, si ce n'est des animaux qui ont vieilli et d'autres qui sont morts. Points forts de la journée :

- Voir une sympathique famille de bélugas roux dévaler en tripe une cascade de dénivellation invisible à l'oeil nu, défiant la mort à 2 Km/h.
- Poser des vaches qui chient.
- S'écarquiller les mirettes d'extase devant l'observation du Petit Gros d'Amérique et de sa famille en liesse au stand à crème molle.

L'émotion, la vraie!
Pour sûr, j'y retourne dans trente ans (on y loue des chaises roulantes motorisées).

N'empêche, ce fut bien plaisant de marcher main dans la main avec ma douce, suivant la cadence de ceux qui n'ont rien de mieux à faire que de s'aimer.





(Notez que l'enclos du Petit Gros était assez grand pour qu'il puisse s'épanouir, pas besoin d'appeler la SPCA.)

dimanche, juillet 30, 2006

...

Je ne suis pas sorti de la ville une fois cet été. Honte à moi. Alors, pour faire comme si, pour tricher et pour le plaisir des yeux, une 'tite photo d'il y a deux ans. Notez qu'il n'y a pas de photoshop là-dedans, juste du pur bonheur.

vendredi, avril 07, 2006

Les poissons ne sont pas toujours ceux que l'on croit

Je ne dors plus, ne regarde plus la télé, depuis que je suis papa... d'une vingtaine de bebittes à écailles dans un grand rectangle de verre. Ah! si j'avais su plus tôt qu'il était aussi facile de se préserver des Loft Story, Infopubs et autres insignifiances... Quoique, à bien y penser, j'aurais pu ouvrir un livre, regarder par la fenêtre, peut-être même sortir dehors! Mais le réflexe d'allumer la télé est souvent le plus fort dans la quête de la perte de temps.

Pendant que je scrute mon microcosme bullien, le chat est planté devant l'écran noir de la tivi. Faut croire que lui non plus n'a rien compris. Allez, viens voir minou, y'a la grosse guppy qui va accoucher! Et puis, un escargot qui baise une crevette, on ne trouve même pas ça sur internet...

mercredi, février 22, 2006

Au secours Ricardo!

Lady D. sait qu'elle n'est pas Betty Crocker. Elle vous l'a déjà dit ici, prouvant que l'auto-dérision rachète les lacunes culinaires. Aussi me fit-elle bien rire hier, après avoir raté une deuxième fois un pudding au pain (pourtant pas un sabayon...), déclarant :

" Si t'es gentil, t'auras pas de dessert! "

Ouais, j'aurais dû être gentil...

vendredi, février 03, 2006

Cartoon

- Tu fais quoi, vraiment, dans la vie?
- Je vide des cendriers pour me permettre de les remplir.

Je ne sais pas pourquoi, elle est partie, l'air indigné, dire à son chum que nous n'allions pas changer son chèque de BS.

Je me suis allumé une smoke, pour les voir embarquer dans la bagnole de l'année.

lundi, janvier 16, 2006

zzzzzzzzzzzzzzz

Je me souviens rarement de mes rêves. Je me souviens en fait rarement des événements réels de la veille, alors, les rêves, vous pensez...

Sauf qu'aujourd'hui, en sortant de l'anus de Morphée, je me suis souvenu de celui-ci :
Ma douce, debout sur mon dos, sautait à la corde en sifflotant la Chevauchée des Walkyries, prétextant ainsi m'endurcir devant la menace grandissante d'une attaque nucléaire en provenance de l'Iran.
(Promis, fini le rôti de porc avant le dodo.)

Je me suis éveillé avec le dos barré et un bouton dans le front de la taille de l'hôtel de ville de Tchernobyl.

Demain, j'essaie de rêver à Carla Bruni, sait-on jamais...

vendredi, novembre 11, 2005

L'eunecte plus ultra

Ils grouillent partout dans la maison. Les serpents.

Les vipères m'épient, j'avale des couleuvres, les pythons me collent. Il y en a un qui glisse le long de ma cuisse, me lorgnant le cyclope (un anusconda?). Ils me sentent de leurs langues fourchues suceuses de jus, diables rampants; je ne peux marcher sans en écraser un, sans m'enfarger. Pas un coin sans que ne s'agglomère un magma visqueux d'anneaux enchevêtrés.

Il ne me reste qu'un choix : mettre le feu au nid, derrière la télé.

Vous êtes comme moi, fatigués des fils électriques?

samedi, octobre 15, 2005

Nostalg-hic!

" Lagreff à son bar "
par

Déjà 10 ans, 416 000 pintes ou 700 000 verres de bière vendus, selon une estimation hautement scientifique, 1040 verres brisés, une dizaine de batailles, un cabaret de portos renversé sur la tête d'une cliente, 83 200 cigarettes fumées (arrreuh!), 24 960 shooters d'éclusés (je n'ose compter les petites frettes), un foie en moins, aucune livre en surplus (allez comprendre?), quelques cheveux en moins (bien qu'il n'en restât déjà plus beaucoup), des cheveux blancs en plus, des milliers de clients satisfaits (j'ose l'espérer), quelques clientes déçues (ben quoi, j'ai une blonde...), des rencontres de tout acabit (la plupart merveilleuses, dont certaines, magiques, qui se sont transformées en de grandes amitiés), et à travers tout ça, si je me souviens bien, quelques baisers ça et là...

Déjà 10 ans à évoluer dans un monde factice mais si beau, 10 ans à amortir le ressac de sa tristesse.

Le croiriez-vous, j'aime mon job.

vendredi, septembre 23, 2005

La grosse femme du parc

Le Parc Belmont s’effrite dans mes souvenirs
crachas du temps les vautours ricanent
souvenance d’une poupée géante devant le Palais des Glaces
cerbère mécanisé
rire sardonique de mégaphone troué
frissons dans le dos et doigt dans le nez :
« maman j’ai peur, je veux pas y aller! »
l’odeur de Barbe à papa, écœurante
« maman je vais vomir! »

J’aurais voulu assister à son dernier couinement
pièce par pièce enfin démontée
coups de masse dans le papier mâché, anéantissement du grotesque
je crois que j’aurais joui – j’avais l’âge en ’83
mort d’une époque
délivrance

mercredi, juillet 06, 2005

Je me rénove

Je viens de franchir une étape. L’achat d’une perceuse électrique, quand on est de descendance banlieusarde, c’est le bar-mitsva du juif, la consécration d’une condamnation à l’âge adulte. Maintenant, je suis un homme! Je crois que j’aurais acheté une voiture neuve que je n’aurais pas été si nerveux. Fallait me voir arpenter les couloirs du Rona, les jointures blanches d’indécision, incapable d’opter pour le modèle à 14,4 volts ou celui à 18 volts. Sans compter l’heure passée à choisir la marque. Le GV se marrait bien, voyant que je connaissais aussi bien les drills que le bruant d’Amérique ou les steppes de Mongolie. (Les quincailliers sont tous des Gentils Vendeurs, c’est bien connu.) C’est finalement lui qui mit fin à ma torture en me proposant le modèle le moins cher, comprenant probablement que je ne m’en servirais qu’une fois par année, à Noël, pour visser la belle-mère au sapin. Son patron va quand même être content, il m’a aussi vendu un kit de trois millions de mèches, embouts de tournevis et autres bidules dont j’ignore jusqu’à la plus simple utilisation de chacun.

La marche du retour à la maison fut extatique. Torse bombé, mes bras puissants soutenant les deux valises d’outils, j’étais prêt à bâtir une maison et je voulais que tout le monde le voie. Ce n’est qu’arrivé bercail que je me suis aperçu d’une chose :

Dans mon nid douillet, il n’y a que des trous à remplir, aucun à percer…

mercredi, juin 22, 2005

Au viol!

Ils sont venus en catimini, n'étaient pas invités. N'ont pris que ce qui se revend bien chez le prêteur sur gages, Monsieur le pawnshopiste du coin, encore plus crasse qu'eux car lui n'a pas faim, ou soif, ou wathever. Que des babioles, en fait : un Playstation qui ne me faisait que perdre mon temps, des jeux, des disques. Plus, bien sûr, de ces souvenirs qu'aucune assurance ne saurait remplacer, et un portefeuille sans feuilles dont je devrai renouveler toutes les cartes pour une troisième fois en six mois. *Misère, pourquoi donc suis-je abonné à 12 clubs vidéos?* Pas assez en fait pour déranger la Madam (sic) de l'assurance – je suis trop honnête ou trop con pour grossir la réclamation –, non, vraiment, rien pour en faire un plat. Alors, dites-moi, pourquoi je sursaute au moindre bruit?
(Pour sûr, j'étais plus gros dans mes culottes quand il me restait encore quelques pornos à me mettre sous la main...)

Dans ce petit sac noir qui a servi a tansporter leur larcin, ils ont emmené ce qu'il ne pouvait contenir : mon sentiment de sécurité. Les petits-gagneurs, sans le savoir, m'ont volé gros.

Afin de me changer les idées après le départ des policiers, j'ai allumé la radio. Y'avait Jacques Michel, tout con, qui chantait Pas besoin de frapper pour entrer chez moi. Z'auraient dû me la voler, cette belle ironique. De toute façon, maintenant, elle ne fonctionne plus...

vendredi, mai 20, 2005

Noël cette année, c'est pour le 25.

Je suis rendu mon'oncle.
Ça rajeunit pas. Tiens, ça me rappelle que je devrai mourir un jour. Mais en attendant : la vie. C'est toujours un peu impressionnant, la vie, non? Rien ici pour me gausser ; j'ai rien à voir là-dedans, c'est quand même pas moi qui ai accouché, mais ledit "miracle" de l'accouchement me laisse pantois. La fibre paternelle m'est inconnue, mais de voir une chatte mettre bas me rend les yeux vitreux. Une vache vêler et... ça c'est pas pareil.
Ça se dit, félicitations, après un accouchement? Bravo, good job? Bine sur l'épaule... N'empêche, je suis fier de ma sœurette. De toi aussi, A-may, pour ton courage.

Toujours est-il que la petite Jeanne – ben oui, quoi? la mode est aux noms vieillots – arrive dans un monde merveilleusement terrible, que j'aime à haïr et qui me surprend parfois en pamoison. Avec déjà Florence et Félix, la smala s'agrandit. Ça fera des discussions à Noël. Au diable la guerre en Irak et les commandites, au diable les chicanes de famille : on a des bébés dans la place, on en parle et on s'en occupe. L'égocentrisme va laisser place à une certaine débilité euphorique. Même les vieux vont cesser la description de leur pharmacopée pour parler des mômes ; ou pour se taire, les yeux plus jeunes. Enfin cette année on ne me demandera pas si j'ai pris des Reér (c'est quoi au juste?). Ma mère va devenir gaga (pas de vrai changement là), le père va se tenir coi de fierté, moi je vais arriver en retard avec des cadeaux du Jean-Coutu, me mettrai à genoux et ferai des grimaces. Areu, areu... Oui, c'est peut-être ça, l'espoir. J'ai enfin hâte à Noël. On va rire et pleurer, en famille.

mercredi, février 09, 2005

Plateauzoaire Anonyme

Coming-out :
Oui, je suis bien mal parti dans la vie, je vous jure : natif de Brossard, je me suis exilé à Mourial, trop apeuré à l'idée de ressembler à mes parents ou à un ersatz moins drôle des protagonistes des Voisins, experts dans l'art typiquement banlieusard de ne rien dire en plusieurs mots. (Ouf, mes racines me rattrapent.) Mal m'en pris : j'ai atterri sur le Plateau. Savais pas moi que le quartier perdrait sa saveur populiste pour devenir populaire et donc critiqué et caricaturé, comme tout ce qui fait bon chic bon genre. Comprenez-moi, je ne réfute pas la caricature, elle est saine et justifiée. Je suis le premier à voir que le quartier a changé en 15 ans, que la frénésie d'y habiter depuis 5 ans est démesurée. De la folie, en fait, mais est-ce que ça fait de tous ses habitants des fous ? Faudra-t-il que je m'exile encore de peur de faire partie d'un troupeau. À en croire le courant, on serait tous des poules pas de tête picorant sur la Mont-Royal en se congratulant mutuellement de notre allégeance plateauzoïde.

C'est décidé, demain je déménage à Outremont.
Tant qu'à être pauvre chez les riches...

jeudi, février 03, 2005

Tout allait bien pourtant

Oui, tout allait bien pourtant : j'allais écrire aujourd'hui.
Je sais pas pour vous, mais moi ça me rend de bonne humeur.
Même si (encore plus quand) le sujet est triste.
Février ne m'atteint pas ; je vis de nuit. Alors, que les journées allongent ou raccourcissent, peu m'en chaut.
Puis j'ai eu le malheur/bonheur d'aller faire un tour dans votre cour, mes chéri(e)s. Que ce soit cette histoire si triste de cet accident si con ou vos chicanes avec l'hiver, le blues m'a aggrippé et me suce la moelle depuis. De ces blues tapis qui se pointent la frimousse pour rien, juste pour faire chier. Un veau...

Me suis dit : fuck le blogue ! y'a pas que ça dans la vie... Même que la vie doit presque être marrante sans torture. Elle a souvent le mérite qu'on s'y attarde.

Pour changer d'état, suis allé prendre une petite marche – eh oui, j'ai bravé le soleil !
Petite, ouf... En fait, j'ai traversé la rue pour me rendre au vidéo. Y ai loué quatre films poches pour me dérider, du type comédie romantique prévisible. Des feel-good movies, comme disent les Vietnamiens. Ben coudonc, un veau encore...

Afin de me transformer en vache qui rit, une valeur sure : je me suis proposé le dernier San-A.
Pas de réussite ici : les gags tombaient à plat, et puis Patrice Dard ne possède pas la poésie qu'avait parfois son père. Aucune, donc, de ces perles qui sortent de la boue.

J'ai alors plutôt opté pour l'excellent Visages de l'affolement, de Jean-Philippe Bergeron. Ben là, aide-toi le veau : c'est trop bien écrit pour ne pas chiâler.

Moi qui ne voulais pas faire de l'exhibitionnisme sentimental en ligne, c'est râpé pour cette fois.

Pour bien faire, histoire de saigner le veau, me resterait plus qu'à aller me coucher en écoutant Cité Rock-Matante.

Bon, j'imagine que je vais déjà mieux.
J'ai écris aujourd'hui.
Mais c'est crier que j'aurais dû.


dimanche, janvier 23, 2005

Igloo igloo igloo – il est des nôôôtres...

Après quatre-vingt-seize heures de service ininterrompu, le calorifère cesse de ronchonner. Fait assez notable pour que j'ouvre un œil et me dise : " Tiens, il doit faire beau. Enfin ! " Ma phrase à peine finie, il recommence sa litanie. Pour un autre quatre jours ? Fuck.

Mais heureusement, le thermomètre de l'appart. indique à nouveau positif.
Non sans avoir envoyé avant un orteil en éclaireur, je peux penser à m'extirper du lit, enlever ma tuque et mon condom (mesure de précaution : les extrémités gèlent en premier). Hop, à la douche ! En me déshabillant, je retrouve le courage des mes ancêtres cro-magnons, dont je me surprends à envier la pilosité. Disons que je ne ferais pas une pub de Speedo en ce moment. Ni de Wonderbra, remarque, mais ça c'est une autre histoire...

Gremele... rougoudou... frubrougrbplutch. Kessé ça ? Les robinets du bain sont ouverts, mais je n'entends qu'un long borborygme : l'eau ne coule pas. Pas même un filet. Les &%$##** de tuyaus sont encore gelés, encore, encore, encore. Re-fuck.
Suis déjà deux jours en retard, moi, là – le 21 du mois, c'est mon jour de douche... Je vais tout expliquer ce soir à ma date, elle va comprendre, tsé. Pfff...

Les murs sont bourgogne et orange brûlé (les goûts ne se discutent pas), mais c'est tout de même un criss d'igloo à 1000 $ par mois.
L'épisode des Bougon sur le " cachet " du Plateau était vraiment excellent. Trop.

Je pense que je vais finalement aller sonner chez mon inconnue de l'autre jour (voir le texte précédent). Pas pour baiser, mais pour emprunter sa douche. Quoique, on verra bien après...

Si je ne chante pas, j'ai des chances.


jeudi, janvier 20, 2005

Attention, je vous regarde...

Je suis de nature plus spectateur qu’acteur. Voyeur, même. C’est pourquoi j’aime me promener le soir, après le coucher du soleil, avant que les gens ne prennent conscience qu’ils exposent leur intimité au premier venu, avant que ne se referment les rideaux et volets anti-violeurs. Comme ça en passant, regarder dans les maisons, ne serait-ce que pour les idées de déco ou capter en un instant la vie des habitants de mon quartier. Je n’ai qu’une seule règle : ne pas arrêter, quelle que soit la scène croquée. Des flashs de vie, ni plus ni moins.
Flash : Une vieille dame flattant son chat ; pas si seule que ça, finalement. (Je vous vois venir, tordus, vous auriez mieux aimé la jeune fille flattant sa chatte, hein ?)
Flash : Un jeune couple qui prépare le souper en se donnant le bisou des grandes complicités – ceux-là je sais qu’ils auront des enfants.
Flash : Une femme le bras tendu et la bouche ouverte, une vitre qui m’épargne les cris, et en dehors du cadre : l’homme qui attend la fin de l’orage pour s’excuser, encore…
Flash : Gordon qui vroummmmm… ; je n’ai rien vu, il est passé trop vite.
Flash : La pisseuse qui n’a pas fermé la porte de la salle de bain et qui du même coup, se sentant épiée, tourne la tête et me fixe. Deux chevreuils pris dans les phares de la surprise.
Flash : Un boutonneux à l’ordi, l’écran trop tourné vers la fenêtre pour que je ne sache pas qu’effectivement, il est excellent ce site…
Flash : Vous avez compris le principe.

C’est comme ça qu’un soir, en faisant ma petite promenade de digestion Kraftdinnerienne, j’ai presque dérogé à ma règle. Elle n’a fait que passer d’une pièce à une autre, probablement pour aller se changer. Camisole et petites culottes, un corps à damner un saint. Je n’ai pas vraiment vu son visage – l’instantanéité ne propose pas le détail –, mais je sais qu’elle était belle.
Mon pas s’est ralenti, mon pied a hésité… revenir en arrière ? Pourquoi pas, une seule fois, aller sonner chez elle et lui dire bonnement : " Bonjour mademoiselle, je suis Lagreff, pour votre plaisir, et j’ai envie de faire l’amour avec vous. "
Dans un mauvais Bleu-Nuit (y en a-t-il des bons ?), elle aurait dit oui, je t’attendais, entre.

J’ai continué ma route, alors je ne saurai jamais. Mais le fantasme demeure et accompagne mon petit bonhomme de chemin.

La prochaine fois, je sonne ?

jeudi, janvier 13, 2005

Dis-moi qui tu es

Dépossédé de mon identité – un comique m’a chapardé mon portefeuille –, j’ai dû faire la tournée des grands ducs de la bureaucratie afin de redevenir quelqu’un. Après trois jours d’angoisse à me demander qui j’étais, je suis parti à la quête de moi.
D’abord la S.A.A.Q., puisque le permis de conduire, siège de l’âme, te permet d’accéder aux autres facettes de ta personnalité. (Conduire est dangereux, alors forcément, avec le permis on t’envoie la carte d’assurance-maladie – dont je n’ai pas vraiment besoin d’ailleurs : elle est pleine.)
Fallait me voir, tout miel devant la grosse pousse-crayon aux doigts boudinés d’un orgueil plus grand que Laval.

« – Bonjour madame. Oh, c’est joli ce que vous portez… pure soie, j’imagine ; on voit que vous avez du goût… Ce qui m’amène ? Ah oui, pardon, je m’égare, mais c’est que je me demandais où vous aviez trouvé ce superbe tricot si bien agencé à vos lunettes en écailles.
– Venez-en au fait, monsieur X.
– Voilà : je me suis fait voler et bla bla bla…
– Pas de problème, montrez-moi vos pièces d’identité avec photo et on vous fait une autre carte pour simplement 27,95$.
(Une aubaine !)

Ben justement, épaisse, si j’avais mes pièces d’identité avec photo, je ne serais pas ici en train de contempler ton faciès porcin et ton air si fier de pratiquer le macramé extrême ou le curling sur gazon, me disais-je in petto.
Le problème, c’est que je n’avais comme pièces justificatives que des comptes (ça j’en ai en masse !) ainsi qu’un passeport périmé depuis 16 ans.
Elle le regardait, me matait, le lorgnait, me dévisageait ; continuez comme ça pendant deux minutes aussi longues qu’une vague d’entraide qui suit un tsunami.

– Hi hi, c’est drôle, vous aviez des cheveux à l’époque. Ça vous change. On dirait presque que vous n’êtes pas vous. Ça m’en prendrait plus, vous savez.
– Malheureusement, c’est tout ce que j’ai, lui répondis-je en pratiquant mon sourire sanantoniesque #23.
– Bon, c’est bien parce que je suis bonne pâte (!!!), que vous m’avez l’air sympathique et que j’ai faim (tu parles, j’imagine). »
Puis elle m’explique que le matin réveil des grands départs s’est soldé par un frugal déjeuner aux Capitaine Crounch en route pour le boulot, sur le pont (tiens, j’avais raison).

J’ai finalement eu le droit de savoir que j’étais bien moi à l’aide d’un bout de plastique tendu par la main de la cousine du Big Frère. Ce qui me permit (!) de me procurer une carte de guichet ainsi que d’aller renouveler mes 14 abonnements aux clubs vidéos environnant mon humble logis.

De retour chez moi, ulcéré par la Machine, j’ai décidé de me défouler en faisant du ménage. Tout en bulldozant les monticules de linge, je me disais : « Si jamais j’attrape le cave qui m’a volé, il va passer un mauvais quart d’heure ! »

C’est là qu’il est apparu, s’éjectant d’une jeanesque poche : mon portefeuille.

J’ai attrapé le cave qui m’avait volé. Il ressemble étrangement au gars sur mon permis de conduire. Je ne lui ai pas fait passer un mauvais quart d’heure, non : je lui ai plutôt offert une bière.
Faut savoir pardonner.

Les cons ne sont pas toujours ceux qu’on pense.